IGNORANCE
L'histoire d'une soeur.
Pour vous raconter un peu, ma vie a basculé un vendredi, le 24 mai 2002 exactement. En rentrant des cours, un ami de courtes connaissances est venu nous chercher ma copine et moi à la gare pour nous déposer chez une autre "ami". Il était dix-huit heures trente et nous avions décidé de nous rendre chez un magasin de vêtements à quinze minutes de notre ville. Mais si j'avais su ! Mon dernier souvenir mis à part les nombreux flashs que j'ai pu avoir après l'accident a été ma maison. Oui nous sommes passés devant chez moi et nous étions cinq dans la voiture (trois filles et deux garçons). La vitesse et l'inconscience sont les seuls motifs de cet accident car nous roulions à vive allure sur une petite départementale sinueuse. La suite, je ne sais plus, ou plutôt je ne sais pas, je n'ai rien vu, aucune douleur aucun son, je ne me souviens de rien mais pour ne pas vous laisser dans l'ignorance, je vais vous citer le témoignage le plus crédible qu'on m'a fait qui n'est autre que celui du chauffeur qui lui s'en ai rappelé. Il semblerait qu'en doublant une voiture, nous avons mordu sur le bas-côté ce qui a fait éclaté un des pneus et nous a fait partir en tonneaux jusque dans le fossé d'en face où nous avons percuté le rebord. La voiture a fini par rouler une dernière fois et est venue s'écraser sur le dos. Rien que le fait de vous redire ces mots, je ressens encore la violence du choc ! Ce qui est exceptionnel c'est que tous sont sortis indemnes de cet accident sauf moi qui étais coincée dans la voiture la tête vers le bas sans savoir ni respirer ni bouger car en réalité, j'ai eu la tête écrasée par le toit de la voiture et je vais vous avouer que ce sont les horrible appuis-tête que l'on critiquait qui m'ont sauvés la vie!!! J'avais ma ceinture ce jour là et qui sais, si je ne l'aurais pas mise je serait peut être debout ou morte à l'heure qu'il est mais bref avec des "si" on referait bien le monde pas vrai ?
Depuis ce jour, plus rien n'est comme avant. Je me souviens d'une voix qui tentait de me rassurer. J'étais coincée, la tête vers le bas sans savoir bouger, pourquoi j'avais du mal à respirer ? Je ne savais pas, tout était flou, je me sentais partir... J'entendais des bruits assez confus qui ce sont révélés être la voix de ma mère qui pleurait. Je l'avais reconnu et encore jamais je ne l'avais entendu pleurer ainsi. Je dis « entendu » car je ne la voyais pas, je ne voyais rien du tout, aucune ombre aucune lueur, rien. Bien sur, je lui ai demandé ce qu'il s'était passé et ce n'est qu'à ce moment là que j'ai su que nous avions eu un grave accident. Mais je ne réalisais pas encore, l'importance qu'il avait pu avoir sur moi, la seule chose que je réclamais c'était le chauffeur. Je demandais des nouvelles de lui, où il était, je ne me souciais pas de mon état mais que de lui. Ensuite, ils m'ont emmené en me demandant de m'appliquer pour respirer, j'avais du mal, c'était dur et là je me suis endormie.
Après avoir passer trois jours dans un coma artificielle profond, je me suis réveillée dans le service de réanimation d'Helio Marin de Berck sur Mer. Le réveil m'a été horrible et pour vous expliquer ma situation je ne savais ni bouger ni parler ni manger car des tuyaux, j'en avais partout. Dans les veines, dans le nez pour me nourrir et dans la bouche jusqu'aux poumons pour respirer. Le plus dur au début n'était pas la douleur même car j'étais complètement droguée, c'était la panique car je ne pouvais plus rien faire même pas appuyer sur la sonnette, rien, j'étais paralysée de la tête aux pieds! Mon seul moyen de communication était un alphabet dont je sélectionnais les lettres en clignant des yeux. J'ai passé deux mois dans cette galère avant qu'on ne m'enlève tous ces tuyaux. Cinq mois étaient passés avant que je ne puisse bouger un peu les bras. Après le calvaire de la réanimation, mon état commençait à se stabiliser, je bougeais un peut les mains et commençais à parler malgré ma voix cassée. Je suis sortie de réanimation le 8 août 2002 et j'ai été transférée au centre de rééducation le plus proche et là, après le calvaire physique a commencé le calvaire moral...
Voilà qu'après mes dures épreuves de survie, je subie la rééducation qui m'a été très lourde. Les trois heures de kiné et d'ergo par jour étaient plus qu'assez pour me zapper le moral. J'étais usée et cela aussi bien physiquement que moralement. J'ai mis six mois avant de pouvoir me lever en fauteuil tellement ma tension me jouait des tours et je ne conte plus les fois où je me suis évanouie. Un jour mon médecin est venu me voir dans ma chambre et m'a annoncé ce que jamais je ne voulais entendre et cette chose n'est autre que jamais plus je n'aurais le plaisir de marcher ni de courir. C'était trop, je refusais d'admettre cette situation mais au fil du temps, je me suis bien rendu compte que la Carolyne qui marchait, qui faisait du cheval, qui voulait être vétérinaire et bien cette jeune fille n'existait plus. Dès ce jour, je vous avoue que je ne me battais plus j'étais à 17h dans mon lit et je ne faisais plus grand-chose.
Petit à petit, j'ai repris le dessus et à l'heure qu'il est et bien j'essaie au mieux de vivre comme les autres même si je sais que je suis différente.
En conclusion, j'aimerais vous dire que l'expérience que j'ai vécu je ne la souhaite a personne même pas à mon pire ennemi, pourtant beaucoup sont passés par là, beaucoup n'on pas eu ma chance et sont soit décédé, soit cloués à vie dans un fauteuil avec pour seuls moyens de mobilité un joystick qu'ils dirigent avec leur menton et leurs yeux pour pleurer. Je m'estime heureuse car dans mon malheur, j'ai eu la chance de pouvoir reparler, de bouger un peu, de suivre des cours et d'avoir des enfants... Bref sachez que cela n'arrive pas qu'aux autres et qu'avant d'être comme je suis, j'étais comme vous je marchais, je courrais je dansais ... bref voilà comment une vie peu basculer et cela en un dixième de seconde. C'est la première fois que je fait part de mes sentiments à ce sujet car je suis plutôt d'un caractère à tout garder pour moi, je ne me plaints jamais sauf quand la douleur physique prend le dessus sinon c'est toute seule que je me lamente sur mon sort. Tout cela pour vous dire qu'il y a toujours pire que sois et qu'il faut savoir savourer la vie car même si vous êtes en bonne santé, le danger n'est jamais très loin.
Sur ce, merci de votre compréhension et votre soutient pour ma soeur.
Une Pause s'impose =/
T'chuSs